Opinions

Pierre Desproges, ce pilier de ma culture mais aussi de ma pensée.

Dire qu’on aime Pierre Desproges, c’est un peu facile pour un Français, c’est même galvaudé dans certaines cas. Des classiques ressortent instantanément, tirés de ses deux spectacles ou de ses interventions radiophoniques. Plus rarement, on peut s’intéresser Au Petit Rapporteur, émission de télévision où il a fait ses armes ou encore La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède... Mais si je n’ai pas connu les interventions du bonhomme en direct (il est mort en 1988 et je n’avais que 2 ans), il reste que bien souvent, ce qu’il a pu produire reste non seulement dans ma mémoire mais peut, à l’occasion permettre un certain recul sur les choses.

Imaginez ça deux minutes : Pierre Desproges, 80 ans bien sonnés, qui se paierait la tête des anti-masques, des complotistes ou pire encore, des réseaux sociaux en général. Alors je sais, c’est impossible et il est probable que le monde eut été différent si certains artistes, penseurs ou dirigeant étaient morts plus tard. Mais franchement, un humour noir, grinçant qui n’épargne personne mais qui sonne souvent juste, ça ferait pas du bien dans notre société actuelle où il faut s’offusquer de tout et constamment choisi son camp?

Grâce aux textes de Maître Pierre, comme je l’appelle quand j’en parle en privé, j’ai pu, au début des années 2000, perdre une certaine innocence face au monde. Si je savais que rien n’était fait de bons sentiments dans les décisions qui affectent un pays, l’humour parfois violent mais toujours ciselés à la virgule près de cet humoriste a sonné comme un réveil. Ne vous contentez pas des apparences mais regardez au-delà de ce que l’on vous dit. Personne n’est innocent, mais personne n’est à tuer non plus (du moins pas sans justice). Que ce soit pour Les Chroniques de la Haine Ordinaire ou ses plaidories tirées au lance-roquettes dans Le Tribunal des Flagrants Délires, il pouvait arriver que la tendresse perce. Même si la foi en l’humanité était chancelante.

Si les propos étaient évidemment centrées sur la France, il est parfois bon de se rappeler que sous des discours, quelque soit leur tonalité, des idées, des courants de pensées et des intérêts sont là, tapis dans l’ombre. Les années 80 semblent parfois un peu trop parfaites et libres, parce que plus on s’en éloigne, plus le lustre de l’histoire tente d’effacer les petites tâches noires qui ont parsemé la vie des gens de ce temps-là. La nostalgie a parfois aussi cet effet.

Sans être canonisé comme grand philosophe français (faut pas déconner), il représente un moment de vie qui n’existe plus et qui rappelle, encore aujourd’hui, qu’on peut souffrir de biens des choses mais y trouver quelques bonheurs, même en 2020. A condition de savoir lire entre les lignes de nos vies modernes, couchées sur des supports numériques. Pierre Desproges m’a permis de mûrir au moment de sa découverte, mais aussi de regarder ce qui peut se passer avec une certaine distance qui m’évite bien des tracas sur Facebook ou Twitter. Et pour ça, merci Pierre.

5 commentaires

  • Diane

    Allô Matthieu !

    Très bel article. Tout comme toi, je ne l’ai pas trop connu de son vivant, comme d’autres humoristes disparus dans les années 1980.

    Ses propos étaient francs, parfois percutants, et pourtant il arrivait à faire rire son auditoire.

    Aujourd’hui, je pense qu’il doit bien se marrer de nous regarder de la haut avec les Le Luron ou bien Coluche (entre autres).

    Je pense que je me le réécouterai sous peu.

    Belle journée,

    Diane

    • Matthieu Meignan

      Salut Diane,

      Pour moi Coluche, malgré ce qu’il a laissé derrière lui (81, les Restos), n’est pas dans cette cour-là. Il faisait rire, mais ce qu’il a transporté n’a pas traversé les décennies comme Le Luron ou Desproges. Et surtout il avait fini par se fourvoyer… Malheureusement.

  • Lilou

    Coucou Matthieu, ton article est magnifiquement écrit, comme toujours, et, une fois de plus je partage totalement ton ressenti et ton analyse concernant le très grand Pierre Desproges.
    Pour moi, aucun n’arrive à sa cheville, ça été le plus grand à manier la langue française d’une façon magistrale et, de plus, il pouvait parler et se moquer de tout, de n’importe quel sujet, c’était dit d’une façon si habile, si pertinente, si percutante que c’était un régal de l’écouter.. Les mots coulaient, roulaient avec une telle aisance et une telle facilité que c’était vraiment un pur moment de bonheur… Comme les temps ont changé…
    Aujourd’hui, on ne peut plus écrire, ni dire la moindre chose sans que les « biens pensants » vous tombent dessus sous divers prétextes qui ne sont, en fin de compte, que des règlements de compte de cour de récréation de CM2. C’est pitoyable !
    Continue comme tu le fais si bien et écris toujours et encore tout ce que tu penses.
    Je te souhaite une belle journée, mon cher Matthieu, vu que chez toi il est midi et bientôt 18 h chez moi.

    • Matthieu Meignan

      Tous ces compliments me vont droit au cœur et tu sais bien que je vais continuer. La société est effectivement plus clivante. Mais j’ose espérer que malgré tout, de temps à autre, nous évoluons dans le bon sens.

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